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La santé au chevet de la ville

 

En ce 2 juin, nous voilà libérés. Après cette longue période de confinement nous voilà libres de revoir nos parents, nos amis. Ce vent de liberté, accompagné d’un soleil estival, a un petit air de vacances, même si nous avons subi la maladie ou, plus gravement,  perdu un parent, un ami et peut-être notre travail.

 

Rien ne sera vraiment comme avant ?

 

Pas si sûr ! Les pays du Sud rouvrent leurs frontières au tourisme, les compagnies aériennes ouvrent leurs réservations, les voitures envahissent à nouveau les villes, « l’urbanisme tactique », offrant de nouveaux espaces de respiration aux piétons et aux vélos, recule déjà. La vie reprend peu à peu comme avant, comme nous le souhaiterions après une longue maladie, et peut-être « en un peu pire » comme l’a écrit Michel Houellebecq dans sa lettre d’intérieur du 4 mai dernier.

 

Beaucoup de choses ont été dites et écrites pendant ces dernières semaines, parfois d’une grande portée comme la réflexion d’Edgar Morin en tout début de confinement : « il va falloir apprendre à accepter l’imprévisible ». C’est sûrement la question de fond : accepter l’imprévisible.

 

Pour nous adapter à l’imprévisible des dérèglements climatiques et des risques de nouvelles pandémies, de nouvelles formes de travail, de nouveaux modes de consommation, de nouveaux dispositifs architecturaux et urbains devront être pensés avec pour objectif premier préserver notre santé individuelle et collective.

 

Or la vulnérabilité humaine ne cesse de progresser. Même si l’espérance de vie a plus que doublé et la pauvreté globalement reculé en un siècle, notre état de santé s’est fragilisé avec l’arrivée des maladies chroniques et des épidémies virales. Et c’est quasiment la moitié de la population mondiale qui est aujourd’hui fragilisée.

 

C’est donc à un cadre de vie adapté à cette vulnérabilité grandissante et favorable à la santé qu’il nous faut réfléchir comme nous le faisons depuis deux années avec Emmaüs.

 

Comme la plupart d’entre vous, après une période de sidération devant la paralysie planétaire induite par ce virus microscopique, nous avons éprouvé le besoin de comprendre. Et même si nous avons eu droit à un tsunami de réactions et propositions pour « l’après », même si avec Tangi le Dantec, Charles Girard et Simon Davies* nous avons édité l’ouvrage « Bien vivre la ville, vers un urbanisme favorable à la santé », même si nous préparions avec AWP** notre exposition « Comment allons-nous ? » pour la Biennale d’architecture de Venise au thème prémonitoire « Comment vivrons-nous demain ? » et finalement reportée à 2021, nous sommes restés paralysés, rattrapés par cette crise sanitaire unique dont nous ne voyons encore aujourd’hui ni l’issue ni les conséquences.

 

En ce jour particulier nous avons donc choisi d’entrer dans le débat avec des images de Paris déserté de ses habitants – et surtout de ses voitures ! – commentées par Daniel Nizri, cancérologue, président du Comité de Seine-Saint-Denis de la Ligue nationale contre le Cancer et membre du Collège des Experts de la Fondation depuis sa création en 2011. Il s’agit du premier témoignage d’une série d’entretiens sur le thème « la santé au chevet de la ville » engagés dans la perspective de la participation de la Fondation AIA à la biennale d’architecture de Venise. Au cours de ces interviews des professionnels de santé nous livrent leur vision singulière du milieu urbain. Bien entendu, cette série d’entretiens a pris une résonance toute particulière dans le contexte sanitaire actuel, très anxiogène. La vocation de ces films est de prendre le temps de regarder et d’écouter ce qui s’énonce doucement, sans « hystérisation ». Ce sont des images qui donnent à penser sans imposer une pensée et qui nous rappellent, comme l’a écrit Kierkegaard, que « la vie doit avancer en regardant vers l’avenir, mais ne peut être comprise qu’en se retournant vers le passé ».

 

Jean-François Capeille

Président de la Fondation AIA 

 

Découvrez les trois premières vidéos de notre série de témoignages

« La santé au chevet de la ville » 

 

 

 

 

 

Réalisation : Benoit Millot / Écriture : Sébastien Jousse & Benoit Millot / Ingénieur du son : Arnaud Devillers / Montage : Franck Littot / Production: Membo / Studio : Matthieu Bertrand

 

 

* Tangi le Dantec est architecte et chercheur, Charles Girard est architecte et enseignant, Simon Davies est ingénieur polytechnicien et enseignant. Tous trois sont auteurs de l’ouvrage Bien Vivre la Ville

** AWP est une agence de reconfiguration territoriale dirigée par Matthias et Marc Armengaud.