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Où allons-nous ?

La santé au chevet de la ville – Fondation AIA 

 

Il y a un an nous préparions avec passion l’exposition au titre prémonitoire « Comment allons-nous ? » pour la Biennale d’Architecture de Venise d’avril 2020. Reportée à l’été et finalement annulée, cette XVIIe édition a été annoncée pour avril 2021, mais au vu de la situation sanitaire actuelle, sa tenue reste hypothétique.

 

Comme vous tous, nous avons dû nous adapter aux nouvelles conditions de vie et de travail, et toute l’équipe de la Fondation AIA a continué à développer ses trois thèmes de recherche indépendamment du format d’une exposition, car les débats que nous explorons souffriraient d’attendre et peuvent se partager autrement.

 

Le premier thème, « La santé au chevet de la ville », renverse le sous-titre de notre livre Bien Vivre la Ville, Vers un urbanisme favorable à la santé, puisque nous nous demandons désormais comme aller Vers une santé favorable à l’urbanisme. Il s’est agi d’aller à la rencontre de professionnels de santé pour recueillir leurs visions de la ville contemporaine, sous la forme d’interviews diagnostics dont l’objectif est de nourrir une réflexion prospective sur la fabrique de la ville. La crise sanitaire et le premier confinement se sont évidemment invités dans la conversation et le tournage, en réponse à la sidération suscitée par des paysages urbains vidés de leurs habitants. Onze petits films de 2 minutes ont été diffusés sur le net pendant les mois d’été. Nous vous proposons aujourd’hui un premier montage de 6 minutes. Ce premier travail constitue une amorce de ce cycle de recherche qui amène naturellement une suite en élargissant le cercle des acteurs consultés (acteurs culturels, sociaux, mutualistes, chercheurs en neuroscience…), mais aussi en confrontant plus directement la richesse des réflexions à la pluralité des contextes urbains.

 

Le deuxième thème « Ce qui nous lie » est une recherche exploratoire sur l’influence de notre cadre de vie sur les déterminants de santé. Selon l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) l’état de santé individuelle et collective résulte de l’influence de multiples facteurs dont les effets se cumulent tout au long de la vie. On considère aujourd’hui que le cadre de vie peut influencer jusqu’à 70% de l’ensemble des déterminants de santé alors que la génétique ne compte que pour 20% et les soins, qui monopolisent toute notre attention, seulement les 10% restants. Pour mettre en débat ces questions, nous avons élaboré un instrument de visualisation des interactions entre certains déterminants et certaines pathologies dans les contextes d’aménagements urbains, paysagers et architecturaux. La méthode a consisté à effectuer une revue de plus d’une centaine de publications scientifiques parues depuis le début des années 2000. Ce diagramme animé s’adresse aussi bien aux acteurs de la production et de la gestion des territoires, qu’aux professionnels de la santé et aux élus comme acteurs économiques et sociaux. De l’humain à l’urbain, cet instrument prototypique articule de manière inédite différents métabolismes gigognes.

 

Le troisième thème « l’Atelier des Architectures de la Vulnérabilité » est le fruit d’une collaboration de la Fondation avec Emmaüs-Habitat et AWP (agence de reconfiguration territoriale), autour de la figure du tiers lieu solidaire : quels services, quels usages, quelles énergies articuler autour des situations de fragilité ? Les crises sanitaires, sociales et environnementales alimentent une montée spectaculaire des vulnérabilités, qui devient dans ce siècle une véritable condition urbaine, qui nous concerne tous et où les formes traditionnelles de l’hôpital, de l’école ou de l’assistance sociale ne répondent pas à la collision de ces phénomènes contemporains. Pour y répondre, il faut sortir des solutions compartimentées, qui marginalisent les vulnérabilités, et au contraire les placer au centre de nos projets, pour redéfinir les priorités de l’urbanisme en mutation. La rédaction d’un Manifeste issu de cette collaboration servira de support à des expérimentations à venir.

 

Trois thèmes liés par trois serments : le serment d’Hippocrate pour la santé, la Prestation de serment des Architectes et l’Appel de l’Abbé Pierre du 1er février 1954, composent la trilogie de l’exposition que nous avons imaginée pour la Biennale de Venise. Sans attendre la validation d’un tel événement, nous allons consacrer cette année à la présentation des résultats de ces recherches afin de susciter des réactions et des mobilisations, autant d’enrichissements qui trouveront leur place dans une future exposition.

 

Je profite de cette période de vœux pour remercier toute l’équipe de la Fondation et nous souhaiter tous une « meilleure » année 2021.

Jean-François Capeille

Président de la Fondation AIA