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La lutte des âges

« C’est la fin de la lutte des classes et le début de la lutte des âges » affirmait avec humour Roselyne Bachelot alors ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale. C’était en 2010 et ces dernières années vont peut-être lui donner raison si l’on ne reconsidère pas en termes différents la transition démographique. L’enjeu est important car, comme l’écrit le professeur Gilles Berrut dans sa contribu-tion Territoires et vieillissement, il s’agit bien de créer les « conditions qui permettent la vie relationnelle, l’expression de la solidarité et de la citoyenneté ».

 

C’est le grand défi des vingt prochaines années : intégrer nos aînés autrement qu’en les regroupant dans des maisons spécialisées, proposer des dispositifs leur permettant de rester chez eux et de ter-miner leurs jours dans leur lit. Le monde change, l’espérance de vie progresse chaque année en France et dans les pays développés, en particulier aux cœurs des grandes métropoles où l’on vit désormais plus longtemps qu’à la campagne. En 2050 nous serons 9 milliards d’êtres humains, dont 6 milliards de citadins et plus du tiers de la population mondiale constitué de personnes dites âgées.

 

Ce nouvel équilibre, qu’il conviendra de bien gérer, est considéré aujourd’hui comme l’un des enjeux les plus marquants du « vivre ensemble » de demain. De ce nouveau temps de vie donné à l’Homme, d’une durée de 20 à 30 ans aujourd’hui en France, émergeront de nouveaux lieux et de nouvelles ressources. Le coworking intergénérationnel ou la silver économie en sont les premières manifestations. La Fondation d’entreprise AIA, qui se penche sur la trilogie « architecture – santé – environnement », se devait d’y consacrer un chapitre, au même titre que l’évolution de l’offre de soins ou les conditions du « bien – vivre en ville », puisque le sujet du vieillissement des populations ne peut en être dissocié. Le projet Auto(nomie) – Mobil(ité), mené par la Fondation AIA en association avec le gérontopôle des Pays de la Loire en est un exemple. Il consiste à accompagner les personnes dépendantes à leur sortie de l’hôpital pour les aider à retrouver leur autonomie domestique dans un espace de transition adapté, et les réhabituer à la vie urbaine par l’aménagement de parcours vers des lieux de proximité comme la pharmacie, le bureau de poste ou la boulangerie. Ce dispositif incitatif pour les personnes dépendantes s’inscrit en droite ligne avec la politique de promotion de la santé adoptée par l’Organisation mondiale de la santé à Ottawa le 21 novembre 1986. Il y était affirmé qu’il existe une conception positive de la santé qui véhicule des représentations de volontarisme, d’énergie et de vitalité. Les contributions proposées dans cet ouvrage ont pour objectif de nous familiariser avec le grand âge et la dépendance, sujets mal connus qu’aucun de nous n’est pressé de connaître, mais que nous aborderons tous plus tôt qu’on ne le souhaite.

 

Dix ans d’espérance de vie gagnés en un demi – siècle, des conditions de vie en centre – ville favorables au bien – être et à la longévité, des seniors toujours plus actifs et désireux de transmettre, une société plurielle qui se réoriente face au changement de monde qui s’opère : comment ne pas intégrer ces nouvelles données à l’équation urbaine de demain et, pourquoi pas, les considérer comme une chance pour les générations futures ?

 

Jean – François Capeille
Président de la Fondation AIA