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Comment allons-nous ? – La Fondation AIA à la Biennale de Venise

TROIS AXES DE RECHERCHE DE LA FONDATION AIA (2019-2021) UNE EXPOSITION ET UNE PUBLICATION 

 

Après un cycle de recherche sur “l’urbanisme favorable à la santé” présenté par l’ouvrage “B2V, Bien vivre la ville” (Archi books 2018), la Fondation AIA a lancé un nouveau programme de recherche : “Comment allons-nous?”. Ce questionnement vient explorer les enjeux contemporains et prospectifs des interactions entre ville et santé.
Au fil des explorations et des débats, nourris notamment par un voyage d’étude à Montréal et évidemment stimulé par la crise pandémique, 3 axes sont apparus, qui ont été approfondis en priorité, dans la perspective d’une exposition qui aura lieu à Venise dans le contexte de la Biennale d’architecture qui a finalement lieu en 2021. Un livre qui prolongera le catalogue de l’exposition sera publié au premier semestre 2022.

 

LES 3 AXES DE RECHERCHES SONT LES SUIVANTS :

 

– “LA SANTÉ AU CHEVET DE LA VILLE”, est une série d’entretiens filmés avec des personnalités du monde médical réalisés dans la foulée du premier confinement. Plutôt que de demander à des urbanistes et des architectes de projeter leur vision de la santé, ces films procèdent à l’inverse : comment le monde de la santé rencontre-t-il celui de la ville, ses fonctionnements et ses impuissances ? Des interviews menés par Jean-François Capeille (architecte, président de la Fondation AIA) avec le réalisateur Benoît Millot (Le Potager Design), ont permis de monter plusieurs de ces films sur le site de la Fondation AIA depuis l’été 2020.

 

– “CE QUI NOUS LIE” est une application graphique interactive décrivant les interactions systémiques entre cadre de vie et déterminants de santé. Après une introduction démontrant l’importance de ces liens, l’application permet de déchiffrer plusieurs sites d’aménagements du Grand Paris : plus de 150 critères sont mis en jeu pour révéler des configurations d’enjeux sanitaires et projectuels. Cette application (bilingue) a été conçue comme support d’expositions et de débats. Un travail dirigé par Simon Davis et Olivia Rousseaux (AIA), et développé depuis avec les graphistes Sylvia Fredriksson et Elie Meignan.

 

– “LE MANIFESTE POUR DES ARCHITECTURES DE LA VULNÉRABILITÉ” est un livret de 80 pages qui ressaisit les réflexions et la production d’ateliers qui ont exploré une vision partagée : face aux vulnérabilités, pro-poser des stratégies d’hyper-inclusion, plutôt que de continuer à traiter les fragilités en silo et à l’écart. Le manifeste fait une série de propositions projectuelles pour faire face à l’explosion des formes de vulnérabilités en ville qui se conditionnent mutuellement : sanitaire, environnementale et sociale. Ces ateliers ont réuni la Fondation AIA avec Emmaüs Habitat / Fondation Abbé Pierre, et AWP agence de reconfiguration territoriale qui a animé les ateliers et conçu le Manifeste.

 

 

LA SANTE AU CHEVET DE LA VILLE

 

Il s’agit du premier témoignage d’une série d’entretiens sur le thème “la santé au chevet de la ville”. Des professionnels de santé nous livrent leurs visions singulières du milieu urbain, dans le contexte sanitaire actuel.

RESSENTI Avec votre œil de médecin, quel est votre ressenti sur les relations (ou absence de relation) entre la ville et la santé, l’aménagement urbain et les facteurs pathogènes ? Que vous inspire ou révèle la vue d’une ville vidée de ses occupants ? QUESTIONNEMENT Les débats suscités par la crise (densité/ opposition ville-campagne/place de la nature) sont-ils selon vous adaptés à la situation ? Quels seraient selon vous les questionnements plus pertinents?
TEMPORALITE Comment réconcilier le temps court de la crise (et la rapidité des décisions qui l’accompagnent) avec le temps long du projet urbain ? Quels risques associés à l’action dans la précipitation, comment prendre le recul ? Peut-on faire converger le « Guérir » et le « Prévenir » ?
PRIORITE La crise exacerbe les vulnérabilités mais est-ce qu’elle nous apprend vraiment quelque chose ? Observe-t-on de nouveaux phénomènes ou découvrons-nous ce que nous ne voulions pas voir ? Nouveaux enjeux ou nouvelle hiérarchisation des priorités ? Ce sont des films qui donnent à penser sans imposer la pensée. Dans un contexte très anxiogène, leur vocation est de prendre le temps de regarder et d’écouter ce qui s’énonce doucement sans ‘hystérisation’.

 

Deux thèmes ressortent :

1- Voir la ville ou l’urbanisation galopante comme la cause de la dégradation de notre santé collective et non comme le syndrome. Les problèmes de santé ne sont pas intrinsèquement liés aux villes (on vit d’ailleurs mieux et plus vieux en centre urbain), plutôt à notre incapacité à penser notre santé collective (modes de vie, environnement, socio-économie, ..). La ville traduit de manière symptomatique cette absence d’introspection collective. La ville influence notre santé mais le sujet de fond reste bien sûr la ré-interrogation de notre modèle de société qui doit pouvoir s’incarner dans la ville.

2- Voir la santé uniquement comme l’absence de maladies ou la prévention de la maladie. La « maladie » est désormais inéluctable, c’est devenu notre condition chronique. La santé est donc également le processus par lequel on arrive, sans fausses promesses, à vivre avec la maladie. La participation citoyenne est-elle une vraie solution ou un nouveau soin palliatif (si on garde en tête comme idéal cet état de parfaite santé) ? Il ne faut pas bien sûr faire excès de pessimisme mais transformer une « angoisse ou une injonction individuelle » en « une mise en mouvement collective ».

 

 

LES DÉTERMINANTS DE SANTÉ – “CE QUI NOUS LIE”

Une exploration des liens entre urbanisme et santé

Définie dès 1948 par l’Organisation Mondiale de la Santé comme un état complet de bien-être physique, mental et social, la santé ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité et résulte de l’influence de multiples facteurs dont les effets se cumulent tout au long de la vie. Communément appelés les «déterminants de la santé», ces facteurs sont la clé de la prévention et la promotion de la santé.

 

Les études scientifiques menées ces vingt dernières années nous apprennent en effet que les modes de vie ainsi que des paramètres socio économiques et environnementaux qui les conditionnent ont une influence cumulée largement majoritaire sur la santé des populations par rapport à celle de la génétique et des soins médicaux.

 

Afin d’affiner la compréhension des enjeux plus particulièrement relatifs à l’aménagement du territoire, la Fondation AIA a entrepris en 2019 une étude systémique des relations entre cadre de vie et santé. Ce travail de revue de la littérature a consisté en la sélection et l’analyse de 60 publications scientifiques (de 2005 à 2020) de type revues systématiques et méta analyses, ayant elles mêmes effectué un travail de synthèse et évaluation critique d’articles scientifiques.

 

Basé sur plus de 2000 articles scientifiques au total, cet état des connaissances non exhaustif a ainsi permis d’identifier près de 400 relations avérées entre milieux aménagés, déterminants de santé et santé humaine, en s’intéressant également aux profils des populations évaluées et aux degrés de certitude des liens étudiés.

 

L’instrument de visualisation «Ce qui nous lie» vise à révéler et partager le réseau d’influence que ce travail exploratoire a permis de mettre en évidence. Ne prétendant pas être un outil de diagnostic appliqué, cet instrument se veut source de réflexion et d’altérité de la production architecturale au service d’une évolution des pratiques, à commencer par l’analyse des singularités contextuelles et la hiérarchisation des priorités en matière de santé.

 

Application interactive

“Ce qui nous lie” est une application interactive décrivant les interactions systémiques entre cadre de vie et déterminants de santé. Après une introduction démontrant l’importance de ces liens, l’application permet de déchiffrer plusieurs sites d’aménagements du Grand Paris : plus de 150 critères sont mis en jeu pour révéler des configurations d’enjeux sanitaires et projectuels. Cette application (bilingue) a été conçue comme support d’expositions et de débats. Un travail dirigé par Simon Davis et Olivia Rousseaux (AIA), et développé depuis 2019 avec les graphistes Sylvia Fredriksson et Elie Meignan.

 

ATELIERS “ARCHITECTURES DE LA VULNÉRABILITÉ”

Cette collaboration entre la Fondation AIA et la Fondation Abbé Pierre – Emmaüs Habitat, vient explorer des pistes alternatives pour le rôle du projet urbain et architectural dans la prise en compte des vulnérabilités. Il s’agit de faire face à l’inflation de risques concrets qui remettent en cause beaucoup de ce que nous croyons savoir faire. Ce qui exige de nous un double exercice de prospective et de dépassement de l’effet de sidération que nous impose le sentiment montant de l’urgence.

La vulnérabilité n’est pas une notion figée ni un résultat, mais plutôt une évaluation du degré d’exposition au risque. Un état de fragilité individuelle mais également collective dont les facteurs sont en train de changer, au point que nul ne pourra se sentir à l’abri. Au cours du XXIe siècle, les individus et les collectivités vont faire l’expérience croissante de vulnérabilités qui va le plus souvent se confondre avec l’expérience de la ville et des environnements aménagés. Les espaces de la modernité et du progrès sont désormais perçus aussi comme un contexte d’hyper-vulnérabilité.

 

L’impact croissant de certains déterminants de santé (socio-économiques et environnementaux) sert déjà d’indicateur pour prédire l’inévitable collision entre les crises écologiques, sanitaires et sociales, dont les interactions chaotiques seront profondément déstabilisantes pour les décennies à venir, y compris au niveau politique. Les disciplines du projet spatial (urbanisme, architecture, paysage…) doivent d’urgence repenser leurs instruments et modes de pensée. Mais il ne s’agira pas d’une substitution de doctrine par une autre : les incertitudes avec lesquelles il faut désormais composer, commandent de définir plutôt des attitudes que des recettes, des processus méthodologiques plutôt que de grands discours.

Cette mutation urgente de la culture du projet doit passer par autant d’expérimentations que nécessaire. Ce Manifeste propose donc une démarche d’expérimentation possible, et déjà engagée par ses signataires.”

 

Extrait de la publication “Manifeste pour des Architecture de la Vulnérabilité”

Un projet de la Fondation AIA en partenariat avec la Fondation Abbé Pierre et Emmaüs Habitat. Développé par AWP agence de reconfiguration territoriale – Marc Armengaud et Matthias Armengaud, dans le cadre des « Ateliers d’architecture de la vulnérabilité » (2019-2021).